Chrétiens des pays musulmans : le croissant contre la croix

Du Maghreb au Golfe. Cet ensemble d’une vingtaine d’États musulmans, du Maroc aux pays riverains du golfe Arabo-Persique, concentre le plus grand nombre de discriminations et de persécutions à l’égard des chrétiens.

Du Maghreb au Golfe. Cet ensemble d’une vingtaine d’États musulmans, du Maroc aux pays riverains du golfe Arabo-Persique, concentre le plus grand nombre de discriminations et de persécutions à l’égard des chrétiens. Berceau historique et spirituel du christianisme, six siècles avant l’apparition de l’islam, beaucoup de ces pays semblent vouloir en finir avec la chrétienté.









Maroc, Algérie, Tunisie

Présent au Maghreb dès le IIe siècle, puis étouffé par l’islam à partir du VIIe, les chrétiens ne représentent plus que 1 à 1,5 % des 80 millions de Maghrébins. Au Maroc, ils ne sont pas réprimés mais surveillés, surtout les évangélistes, très prosélytes. En Tunisie, les présidences Bourguiba et Ben Ali furent plutôt tolérantes à leur égard. La parenthèse islamiste (2011-2013) faillit tout remettre en question. Le départ forcé d’Ennahda du pouvoir a été un retour à la raison. La Constitution de janvier 2014 fait de la Tunisie le seul pays musulman à garantir « la liberté de croyance, de conscience et le libre exercice des cultes ».

Patrie de saint Augustin, l’Algérie indépendante n’a jamais fait de cadeau aux chrétiens. L’idéologie arabo-islamique totalitaire de ces cinquante dernières années s’est accompagnée de discriminations et d’interdictions. Les chrétiens ne seraient plus que 70 000 (sur 39 millions d’habitants), contre 100 000 en 2002. Il est interdit de changer de religion (l’islam punit de mort l’apostasie) ou de rompre le jeûne du ramadan. Les Algériens désireux de se convertir sont encouragés à quitter le pays. La poussée islamiste des années 1985-1992, puis la guerre civile (1992-1999) ont achevé de marginaliser les chrétiens. Vingt-deux prêtres ou religieux furent assassinés pendant cette décennie noire, dont les sept moines trappistes de Tibhirine et Mgr Pierre Claverie, l’évêque d’Oran.

Libye, Égypte

Déjà difficile sous le régime du colonel Kadhafi, la pratique chrétienne est devenue quasi impossible depuis la fin 2011 dans le chaos de la Libye où la citoyenneté est liée à l’appartenance à l’islam. Les croix ont été détruites, les lieux de culte vandalisés, incendiés et fermés, les fidèles raflés ou rançonnés. Les catholiques (des migrants d’Afrique, d’Europe ou d’Asie) seraient encore 40 000. Dernier prêtre français dans le pays jusqu’à l’été 2014, le père Dominique Rézeau cite l’épître aux Hébreux : l’espérance, « l’ancre de notre âme », sera la plus forte.

En Égypte, les chrétiens coptes orthodoxes (Égyptiens de souche) sont des citoyens de seconde zone. Après la conquête du pouvoir par les Frères musulmans islamistes, ils ont vécu un enfer physique et moral. La nouvelle Constitution de janvier 2014 confirme que la charia demeure la principale source de la législation mais son interprétation est laissée à la Cour suprême, tenue de respecter les droits de l’homme. C’est un progrès majeur, même si les manuels scolaires islamisés affirment que l’islam est la seule religion acceptée par Dieu.

Syrie

« Tout le pays n’est plus qu’un immense champ de bataille, dit le patriarche catholique melkite Grégoire III Laham. L’avenir des chrétiens n’est pas menacé par les musulmans mais par le chaos et par l’infiltration de groupes fondamentalistes. » Les chrétiens syriens sont au coeur de la tourmente, pris entre la violence du régime et la crainte de voir la majorité sunnite prendre le contrôle du pays. Près de 400 000 ont été déplacés. Leur survie est en jeu. « Quand les familles chrétiennes quittent la région, elles ne reviennent pas », constate le patriarche.

Israël, Palestine

Israël n’a pas de Constitution formelle et le judaïsme n’est pas une religion d’État. La liberté de religion et de conscience est garantie, même si de nombreuses pratiques sociales sont liées au judaïsme. Les citoyens non juifs (24,4 % des 8 millions d’habitants) ont les mêmes droits et obligations que les juifs, mais les chrétiens sont marginalisés, interdits de certains emplois. À Gaza, sous la tutelle de fer des islamistes du Hamas, les 1 500 derniers chrétiens (sur 1,5 million d’habitants) n’ont quasi plus aucun droit, sinon de se taire ou d’émigrer. En Cisjordanie, les chrétiens ont la liberté de culte, une place au gouvernement (deux ministères) et six sièges de députés, mais la charia est la source de la législation et la réislamisation radicalise les musulmans.

Turquie

Cette vieille terre de chrétienté ne compte plus qu’une infime minorité chrétienne, réduite par les massacres et des vagues d’épuration religieuse.

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■ Actualités Monde  ■ Par redaction - 3 Janv 2015